Film en noir et blanc singulier sorti en l'an 2000, "Les Harmonies Werckmeister" propose 39 scènes de plans-séquences - longs et chorégraphiés - avec un parti pris pour la lenteur. Film en noir et blanc singulier sorti en l'an 2000, "Les Harmonies Werckmeister" propose 39 scènes de plans-séquences - longs et chorégraphiés - avec un parti pris pour la lenteur. Il suit le personnage du jeune facteur János Valuska dans une petite ville hongroise qui se déshumanise peu à peu suite à l’arrivée d’un cirque itinérant, sinistre et mystérieux, traînant une baleine et le Prince (probablement un phénomène de foire). János se laisse entraîner par l’ex-femme de son oncle György pour rendre compte des agissement de la foule dans cette ville de plus en plus perturbée, où la violence sourde finit par se déchaîner. L’armée est mobilisée en dernier recours pour disperser la foule embrigadée, mais János, qui semble particulièrement candide et idéaliste par rapport à ses congénères, sombre dans la dépression après ces évènements.
Je savais qu'elle ne lâcherait pas, qu'elle reviendrait à la charge, que je la reverrais. Une folie de jeunesse, ça se paie plus tard. (György Eszter)
Premier film que je visionne du réalisateur et anarchiste hongrois Béla Tarr, qui laisse un sentiment indescriptible une fois qu'on s'est habitués au rythme particulièrement lent et contemplatif. Tarr prend le temps de poser le décor: il choisit une petite ville rurale, peuplée de badauds désœuvrés prêts à sombrer dans la violence. L'arrivée de cette baleine, ainsi que d'un soit disant prince qu'on ne voit pas mais dont on entend la volonté de pouvoir, permet au réalisateur de présenter les effets de l'irrationnel sur la foule. Et c'est dans cette scène qui voit ces hommes hypnotisés marcher dans la rue que l'on peut voir le film de Tarr comme un réquisitoire contre les effets de masse insensés qui conduisent les peuples au totalitarisme. Mais je ne suppose ce point comme plausible uniquement sachant que Tarr est anarchiste en plus d'être réalisateur (d'après sa notice). Cela m'amène aussi à voir dans ce film une mise en opposition subtile entre l'irrationnel (une foule capable de basculer dans l'ultra violence à cause d'une baleine en gros) et l'idéalisme de János, qui se passionne pour la musicologie de son oncle György ou tout ce qui a attrait au cosmos (la première séquence du film à ce sujet est incroyable, avec cette danse d'ivrognes simulant la rotation des astres). La fin désespérée suggère la fin ou la défaite de l'idéal. J'ai traîné des pieds pour regarder ce film, qui m'aura finalement conquis.