Montre-toi, au nom de notre Seigneur Jesus-Christ. (Abbé Barré)
Film de 1971, apparemment très controversé. De Ken Russell je n'avais vu que "Altered State" (nommé en français "Au-delà du réel"), qui m'a particulièrement marqué à l'époque. Et là aussi, ça démarre fort avec ces scènes de cadavres au temps de la peste noire. Mais le sujet ici est d'étudier l'hypocrisie religieuse et de ses conséquences sur la psyché des croyants, à qui on supprime toute possibilité de sexualité épanouie. Adaptation libre d'une étude d'Aldous Huxley intitulée "Les Diables de Loudun", qui relate des cas de possession "démoniaques" ayant eu lieu vers 1630 dans cette ville du département de la Vienne, en plein règne de Louis XIII (sous influence du Cardinal de Richelieu). Urbain Grandier (joué par Oliver Reed), est un prêtre catholique libertin, accusé d'avoir pactisé avec le diable et d'avoir perverti les religieuses du couvent des Ursulines. Cette accusation est notamment portée par la Sœur Jeanne des Anges (interprétée par Vanessa Redgrave), qui subira la torture d'un exorcisme par l'abbé Barré. Jeanne balance Grandier et l’accuse d’être responsable de tous les maux de la ville. Il finit sur le bûcher, sommé d'avouer un pacte avec le diable qui n'a jamais eu lieu.
Les scènes d’orgies des religieuses en pleine démence sont saisissantes. Cela tient beaucoup à la mise en scène frénétique, très rythmée de Russell, qui amplifie cette idée d'une possession démoniaque. Mais le parti-pris de Russell est sans équivoque: les religieux dans leur ensemble, y compris ceux à la solde du cardinal de Richelieu, ont l’air aussi fous que les possédés de Loudun. Et tous cela portée par une énorme présence des acteurs: folie et possession chez Redgrave, charisme magnétique de Reed, histrionisme de Michael Gothard qui joue l'abbé Barré. Ce film m'a rappelé le Casanova de Fellini sur certains points, notamment sur sa dénonciation de l'hypocrisie religieuse et sa direction artistique grandiloquente. Russell développe son idée jusqu'au bout, en mettant en scène un abbé Barré complètement fou ou un Louis XIII homosexuel flamboyant avec ses favoris. Richelieu est bien évidemment le grand instigateur de cette tragédie: il personnifie ici la corruption politique. Ce film est un chef-d’œuvre qui réussit avec succès à dénoncer l'intolérance religieuse sur la sexualité.