Nous sommes la génération du feu ! Nous sommes les fils de la mort ! Vous comprenez pourquoi je reste ici à attendre la fin en buvant et en fumant : que pourrais-je faire d'autre ?
Je lorgnais depuis longtemps sur cette bande dessinée, recommandée par un ami qui a fini par me la prêter. J'avais été séduit alors par la palette chromatique utilisée, très particulière, qui est presque psychédélique, et qui renforce l'idée de la fin du nazisme sous stupéfiants, dans la décadence la plus complète. Car Galli imagine une fin de règne sous le signe de la folie, avec des nazis complètement décadents. Eva Braun, désespérée, est outrée par la consommation de drogue et de prostituées des haut dignitaires. Adolf Hitler, complètement dément, sombre dans la paranoïa, en manque permanent de drogue. Sous-titré "Les fils de la mort", l'ouvrage ne se concentre donc pas uniquement sur la personnalité hallucinée d'Adolf Hitler, mais aussi sur son entourage proche. La folie semble se propager du chef jusqu'au simples soldats, dévoués à commettre les pires atrocités. Mais Galli se permet une charge bien perturbante sur les pays alliés, qui permet de mettre en perspective la folie mondiale qui s'accapare de ceux-ci. Et d'une certaine hypocrisie sur la nature même de l'horreur:
Vous savez que les américains pendent les nègres à un arbre quand ça leur chante, juste pour leur montrer qui est le maître ! Et les anglais ? Ils tirent sur les femmes hindoues et leurs enfants à la moindre protestation. Vous voulez qu'on parle des chantres de la liberté, les français? J'ai vu de mes propres yeux ce qu’ils font dans leurs colonies ! Il n'y a pas d'un côté les bons et de l'autre les méchants dans ce monde trop humain... Certes, il est plus facile de le croire et de se dire qu'on est du côté du bien.
Galli signe donc un chef-d’œuvre glaçant. Le dessin, notamment l’encrage, me rappelle parfois celui d’Hugo Pratt, avec de gros aplats d'encre de Chine. Le travail sur les couleurs et lui aussi très réussi. Elle permet de renforcer le sentiment d'anormalité des scènes de l'ouvrage. Le scénario est remarquable dans sa manière de créer une atmosphère oppressante, hallucinée, par les différentes interventions effrayantes des différents protagonistes.