Partant des principes de symbolisation et des relations nécessaires entre les mots et les choses en tout langage, il applique le résultat de cette enquête à différents départements de la philosophie traditionnelle, montrant dans chaque cas comment la philosophie et les solutions traditionnelles naissent de l’ignorance des principes de symbolisation et d’un usage erroné du langage. (Russell)
La préface de Bertrand Russell se lit comme une explication de texte. Mais j’ai rapidement abandonné la lecture de celle-ci, étant hermétique à ces démonstrations de savoir qui ne servent pas d'introduction mais davantage à un combat de coqs. L’essai de Wittgenstein démarre par un avant-propos plus clair que la préface de Russell.
On pourrait résumer en quelque sorte tout le sens du livre en ces termes : tout ce qui proprement peut être dit peut être dit clairement, et sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence.
En effet, Wittgenstein rapporte des faits qui n’ont à priori rien de nouveaux dans leur énoncés. D’ailleurs je me suis dit que la préface de Russell pouvait perdre le lecteur. Le Tractatus n’est clairement pas trivial, malgré le fait que certaines des affirmations soient parfois simples et compréhensibles. Il y a par contre des aphorismes que je ne comprends absolument pas.
Le but de la philosophie est la clarification logique des pensées. La philosophie n’est pas une doctrine, mais une activité. Une œuvre philosophique se compose essentiellement d’éclaircissements. (4.112)
La forme du Tractatus par contre, est novatrice. Si Wittgenstein admet dans sont avant-propos n’avoir rien inventé, j’imagine que son apport tient dans la présentation de ses énoncés, sous forme de postulats numérotés. Wittgenstein avait probablement pour ambition de présenter des aphorismes qui pourraient être lus comme des théorèmes mathématiques. Ou en tout cas s'y approcher.
À partir de la seule image, on ne peut reconnaître si elle est vraie ou fausse. (2.224)
Cela est tellement juste, aujourd’hui à l’heure de l’IA. Mais Wittgenstein ne fait pas de science-fiction: il ne pouvait pas anticiper la véracité de l’image telle qu’on se la représente aujourd’hui, donc il voulait probablement dire autre chose. Il semble davantage être un ouvrage sur le sens, le langage et la pensée. Wittgenstein souhaite délimiter le périmètre de la pensée et définit sa borne du langage. La pensée peut être non exprimable par le langage, car limitée par celui-ci. Entre logique mathématique et propositions formelles, l'essai de Wittgenstein multiplie les platitudes, comme celle-ci:
Le monde et la vie ne font qu’un. (5.621)
Et, un peu plus loin:
Je suis mon monde. (Le microcosme.) (5.63)
Ce que j'ai trouvé relativement prétentieux au final. Cet ouvrage est relativement court, mais contient pourtant un maximum d'aphorismes de ce tonneau. Le dernier aphorisme est pourtant l'une des rares marques d'humilité de l'essai:
Sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence. (7)
La forme donc, mais quel intérêt ? Wittgenstein multiplie les trivialités et abstractions, sans que son objectif soit clair. Je n’ai plus de temps à consacrer à ce genre de livre.